Cinq ans après le soulèvement de 2009 en Iran

Cinq ans après le soulèvement de 2009 en Iran.

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13 Juin 2014 article et analyse parue sur le site de nos camarades et ami-es de Solidarité Ouvrière et que nous relayons ici: Intervention au nom du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran ou PCOI lors de la conférence organisée à Lyon par Table Rase le 6 juin 2014 sur le bilan des révoltes au Maghreb et au Moyen-Orient.

En juin 2009, et ce jusqu’au soulèvement de l’Achoura fin décembre, l’Iran a été traversé par des manifestations de masse, parfois de nature insurrectionnelles, contre le régime islamique. Ce mouvement de masse, révolutionnaire, a ouvert une période de bouleversement d’abord dans tout le Maghreb et le Moyen-Orient, avec des révolutions qui ont conduit à la chute de dictateurs comme Ben Ali ou Moubarak, mais aussi à l’échelle du monde.

Avec des différences, avec des limites, on a vu des mouvements de contestation de masse sur tous les continents, en Espagne, en Grèce, aux États-Unis, avec le mouvement Occupy et celui des 99% jusqu’aux grèves actuelles dans la restauration rapide, en Chine avec une augmentation du nombre de grèves, en Afrique du Sud où l’on vit la plus longue grève de l’histoire du pays dans les mines de platine, en Turquie, au Brésil ou en Bosnie-Herzégovine lors du soulèvement contre la corruption et le nationalisme… Tous ces mouvements, leurs différences et limites, montrent tous la recherche d’une alternative face au monde actuel, une volonté de changer le monde… et c’est justement à nous, communistes, de montrer que nous n’avons pas seulement une critique radicale du monde capitaliste actuel, mais que nous portons aussi et surtout une alternative pour en finir avec la misère, l’exploitation et les différentes formes d’oppression.

Pour en revenir à l’Iran aujourd’hui, le fait que depuis juin 2013 ce soit Rouhani qui soit président et non plus Ahmadinejad, n’a rien changé. Pour les pays occidentaux, la seule question qui les intéresse, c’est celle des possibilités qu’ils ont, ou non, de négocier avec les dirigeants du régime islamique, comme sur la question des droits humains, pas les droits humains, les libertés ou le bien-être de la population.

Ainsi, pour la seule année 2013, Amnesty International a comptabilisé 704 exécutions, ce qui fait de l’Iran le 2ème pays au monde pour les exécutions en chiffres absolus (le premier reste la Chine) et le 1er en comparaison exécutions/population. Parmi les exécutions, toujours pour 2013, on peut noter qu’officiellement il y a eu 44 exécutions rendues en public. Et si le nombre d’exécutions était en hausse de 2012 à 2013, le chiffre reste d’être encore plus élevé en 2014. Du 1er janvier au 30 mars 2014 seulement, on comptait déjà 170 exécutions. Parmi les condamnés à mort, on trouve toujours des prisonniers politiques, comme le 26/10/2013 où en une seule journée 18 prisonniers politiques ont été exécutés ou, il y a quelques jours, l’exécution de Ghorhameza Khosani Salvadjavi.

Si ce régime réprime toujours avec autant de barbarie, il faut noter que ce régime est pourri au vrai sens et au premier sens du terme, pourri comme un fruit avant de tomber. Il réprime, torture, assassine, mais sans l’assurance qu’il avait dans les années 1980/1990. Face à la campagne de l’opinion publique, tant en Iran que dans le monde, à propos de la condamnation de Sakineh à mort par lapidation, le régime a d’abord hésité, prétendu que c’était un mensonge, transformé la peine de mort par lapidation en peine de mort par pendaison, etc. avant de finir par libérer Sakineh le 18 mars 2014 pour bonne conduite. La libération de Sakineh est bien sûr une victoire de la campagne menée en sa faveur, mais les hésitations du régime ont montré sa faiblesse.

Faiblesse par rapport aux années 1980/1990, quand le régime n’hésitaient pas à revendiquer les pires tortures et violations des droits humains comme la lapidation. Faiblesse aussi d’un régime qui n’ose pas et ne peut pas amorcer une sorte de « démocratisation » ou de lâcher du lest sur certaines libertés. Sans même parler de la répression contre des militants ouvriers et politique, le régime maintient une chape de plomb rétrograde sur toute la société, comme l’a montré l’arrestation à Téhéran le 20 mai dernier d’un groupe de jeunes gens qui se sont filmés en dansant sur « Happy » et diffusé ce clip sur youtube.

Ce que craint plus que tout le régime, en ouvrant le moindre petit espace de liberté, c’est que la population en général et la classe ouvrière en particulier profitent de cet espace pour en finir avec l’ensemble du régime et de faire dégager les dirigeants de la République Islamique et les mollahs milliardaires comme la population de Tunisie a chassé Ben Ali.

Parce que, malgré la terreur, malgré les exécutions, la répression et les tortures, la population continue de résister et de lutter. Les femmes par exemple s’affichent ouvertement sur les réseaux sociaux sans porter le hidjab pour protester contre le voile obligatoire. Malgré l’interdiction des syndicats et des grèves, les ouvriers s’organisent contre les salaires inférieurs au seuil de pauvreté (une pétition pour une hausse des salaires a ainsi rassemblé 40.000 signature au 1er Mai 2014), quand ils sont payés, les licenciements et les privatisations. La semaine dernière par exemple, au Lorestan, 5000 travailleurs des mines de fer se sont mis en grève et pour leurs emplois. Malgré la répression, l’arrestation de deux militants du Syndicat Libre des Ouvriers en Iran dès le 30 avril au matin, l’arrestation le 1er Mai de 23 travailleurs de la compagnie de bus de Téhéran et banlieue qui célébraient la journée internationale des travailleurs, des manifestations ouvrières ont eu lieu le 1er Mai à Ahvaz, Sanandaj (Kurdistan) et des protestations à Tabriz et Téhéran, Téhéran qui comme Ispahan étaient comme en état de siège pour le 1er Mai.

Tout l’appareil répressif mobilisé pour le 1er Mai montre lui-aussi la faiblesse du régime et de sa peur d’une lutte d’ensemble des ouvriers, d’un soulèvement de la classe ouvrière qui balayerai le régime des mollahs. Au delà des revendications économiques, en effet, les travailleuses et travailleurs d’Iran sont porteurs d’un certain nombre de revendications comme l’égalité entre les hommes et les femmes, le droit de s’organiser, de faire grève et de manifester, la libération des militants ouvriers et des prisonniers politiques, la fin des discriminations contre les réfugiés afghans, l’abolition de la peine de mort -en mai 2010, tout le Kurdistan était touché par une grève générale suite à l’exécution de Farzad Kamangar… bref, des revendications qui signifient le renversement de l’ensemble du régime islamique criminel d’Iran.

Voir aussi sur: http://communismeouvrier.wordpress.com/2014/06/09/cinq-ans-apres-le-soulevement-de-2009-en-iran/

Soliranparis contact nomore@riseup.net

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