Fariborz Raisdana je ne croit pas en ces nouvelles élections

Témoignage de l’ancien prisonnier politique Fariborz Raisdana:  je ne croit pas en ces nouvelles élections

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Fariborz Raisdana

Article publié sur le site RFI:et que nous relayons ici; Les électeurs iraniens votent ce vendredi 14 juin pour élire un nouveau président. Installé à Téhéran, où il a été emprisonné pendant un an pour avoir critiqué la politique économique du gouvernement, Fariborz Raisdana, 64 ans, économiste de gauche et écrivain, estime que cette élection est « ridicule ». C’est un homme amaigri mais déterminé. Notre envoyée spéciale, Murielle Paradon l’a rencontré dans sa maison de Téhéran. Et malgré les risques, il livre un témoignage édifiant, en commençant par ses conditions de vie en prison.

 

RFI : Quelles ont été vos conditions de vie en prison ?

Fariborz Raisdana : La prison c’est la prison, j’ai l’habitude mais cette fois, peut-être que c’était plus difficile parce que j’ai 64-65 ans. Mais en même temps, j’ai rencontré beaucoup de jeunes gens, des anciens étudiants à moi. Ils étaient très actifs, très au courant, et déterminés sur l’avenir de leur pays. Ils étaient très curieux de la situation sociale. Ils m’ont accueilli. Nous avons organisé des cours, même si les gardiens veillaient et ne nous permettaient pas de nous rassembler mais on l’a fait. Cette fois ça a donc été prometteur, plein d’espoir mais plus dur à cause de la nourriture et de la santé. J’ai été malade et je ne m’en suis remis qu’il y a un mois.

Avez-vous été victime de mauvais traitements ?

Pas cette fois. La première fois que j’avais été arrêté, j’ai été maltraité pendant 5 jours. Ils m’avaient enchaîné au mur et ne m’autorisaient pas à bouger pendant 7-8 heures. Ensuite ils m’accordaient 10 minutes, pas plus. Mais cette fois, c’est la justice qui m’a mis en prison après une condamnation de un an.

Que pouvez-vous nous dire de la situation des droits de l’homme en Iran ?

Les droits de l’homme en Iran sont constamment violés, dans bien des aspects. En prison, l’alimentation n’est pas convenable. Durant un an, je n’ai eu que 20 grammes de viande à manger. Et la situation sanitaire était très mauvaise. Et puis les prisonniers ne sont pas autorisés à voir leur famille. Ils peuvent se parler seulement par téléphone derrière une vitre Et ce n’est pas facile d’aller à l’hôpital, même si on paye, même si vous êtes vraiment malade. Mais en même temps j’étais content car on a résisté. On a beaucoup manifesté, on criait. Ils nous réprimaient mais on recommençait. On critiquait la situation en prison et la situation politique du pays, de la société.

La situation économique est catastrophique, les prix augmentent sans cesse. Vous qui êtes économiste, pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Je ne peux pas dire que c’est à cause de la mauvaise politique gouvernementale. C’est à cause de la structure même de la société. Une minorité a le pouvoir économique entre les mains. La bourgeoisie détient l’immobilier. Les commerçants du bazar, le clergé, l’armée… tous ont une idéologie commune qui est l’islam. Mais les avantages qu’ils tirent de leur situation ne leur permet pas d’améliorer la situation des gens. Ils ne peuvent pas aller vers une redistribution des revenus ou vers plus d’aides.

C’est la seule raison ? Et les sanctions économiques internationales ?

La raison essentielle c’est quand même cela. Les sanctions et la crise économique mondiale n’ont fait qu’aggraver la situation.

Quelles sont les solutions ?

La solution est dans la révolution. Je n’ai jamais cru aux réformes, je n’ai jamais cru en cette élection ridicule, jamais. Je pense que la solution réside dans le transfert du pouvoir au peuple. Le peuple est intelligent, il peut améliorer son sort, il peut édifier sa démocratie.

Mais cela voudrait dire la fin du régime islamique ?

Bien sûr, la suppression du lien entre le gouvernement et la religion, la démocratisation, de vraies élections. 90 % des gens ne vont pas aller voter, ils vont rester chez eux et rien ne va changer.

Vous ne croyez pas en ces élections ?

Bien sûr que non et je n’irai pas voter. Cette fois, c’est un peu difficile pour moi, les autorités m’ont dit que si jamais j’appelais au boycott, elles me remettraient directement en prison. Mais j’ai précisé dans mes dernières interviews que selon Mark Twain, dans un pays où il n’y a pas de liberté, ils ne vous laissent pas voter, s’ils vous laissent voter, c’est que rien ne va changer. Sinon ils ne vous laisseraient pas !

Vous parlez de révolution mais pensez-vous que les gens et les jeunes vont vous suivre ?

Quand je parle de révolution ce n’est pas forcément dans le sang, il faut un changement radical. Beaucoup de jeunes que j’ai rencontré en prison, croient en un changement radical mais nous devons trouver un moyen de convaincre les gens d’y croire aussi, de comprendre que c’est plus risqué d’accepter la situation actuelle que de demander un changement radical. A cause de la prison, du manque de nourriture, à cause de la pollution, des conditions sociales, de la dictature.

Suite et source:
http://www.rfi.fr/moyen-orient/20130614-fariborz-raisdana-iran-election-revolution-economie

Soliranparis contact nomore@riseup.net

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