De Damas à Paris… De l’amitié, de l’argent et des emmerdes

De Damas à Paris… De l’amitié, de l’argent et des emmerdes.


Article de nos camarades du site Anti fasciste ReFlexes que nous relayons ici et qui nous en apprends encore beaucoup sur les réseaux pros Bachar Al Assad et qui par extension et capillarité , sont peu ou prou les mêmes que ceux de nos Ahmadinejadolâtres et  Vrp habituel des dictatures proches orientales.


Où l’on voit que la galaxie Chatillon est un empilement complexe de matriochkas au parfum subtil de Syrie…

Publié le 21 avril 2012
par REFLEXes

Lors d’un précédent article, nous posions la question de savoir si les amitiés syriennes de Frédéric Chatillon allaient rester anecdotiques ou bien devenir un problème pour Marine Le Pen (MLP). La réponse est arrivée le 25 janvier dernier sur France Inter, station sur laquelle MLP était l’invitée de la Matinale pour répondre aux questions de Patrick Cohen et Bernard Guetta. Tout se passait bien jusqu’au moment où fut abordée la question de la Syrie et de la position du FN vis-à-vis des événements qui s’y déroulent, provoquant une première poussée de colère de la présidente du Front National sous la forme d’une réponse fanfaronne : « Vous avez trouvé vos questions dans un carambar ?  ». L’ire de MLP ne devait cependant pas retomber puisque l’un des journalistes embraya alors en évoquant la proximité de la dirigeante frontiste avec Frédéric Chatillon dont les journalistes soulignèrent les sympathies pro-Assad. La seule répartie de MLP fut alors de qualifier Chatillon de « simple prestataire de service », y compris pour le régime syrien dont il n’assurait que des campagnes publicitaires destinées au Ministère du Tourisme. Cela n’empêcha pas Patrick Cohen en fin d’émission de renvoyer les auditeurs au site Infosyrie, désormais bien connu des internautes s’intéressant à la Syrie [1], ce qui finit de mettre MLP en rogne, celle-ci allant jusqu’à brandir la menace d’un procès en diffamation. En réagissant de manière aussi vive et en démentant toute relation politique avec Chatillon – « Dieu merci, je ne suis pas influencée par les fournisseurs que j’utilise » – ravalé donc au rang de « simple prestataire de service  », MLP a voulu à l’évidence mettre un terme aux interrogations que suscitent le rôle exact de la petite bande qui gravite autour de l’ancien dirigeant du GUD et qui se sont manifestées depuis l’été dernier dans un certain nombre de livres de journalistes, des articles de presse ou militants (dont le nôtre) et même des documentaires, en particulier celui diffusé par Canal +, La face cachée du nouveau front.

Pourtant loin d’être un simple prestataire de service, Frédéric Chatillon et ses amis constituent une pièce importante du dispositif mariniste, que ce soit pour leurs compétences professionnelles ou leurs réseaux relationnels, voire – car c’est le nerf de la guerre – dans le financement des activités de MLP. C’est évidemment pour toutes ces raisons que les polémiques et enquêtes diverses et variées n’ont pas altéré d’un iota l’intensité des relations entre les uns et les autres car tout ce petit monde se soutient comme la corde soutient le pendu.

La Jeanne, dragueur de fonds de la flottille MLP

La conquête de la présidence du FN n’a pas été chose facile pour MLP. Il lui a d’abord fallu se soustraire à la tutelle politique de son père, éliminer ses adversaires politiques au sein du FN regroupés derrière le « successeur naturel » Bruno Gollnisch et se constituer une équipe dévouée, reposant souvent sur des liens d’amitié tissés dans sa jeunesse. Il lui restait une dernière chose à faire qui était sans doute la plus importante : obtenir son indépendance financière pour ne plus dépendre de l’argent de son père. En effet, si celui-ci a quitté la présidence du FN, il a conservé celle de la COTELEC, association de financement destinée à recevoir les dons et les prêts des adhérents et sympathisants. Totalement indépendante de la trésorerie du parti, cette structure prête de l’argent au FN quand il en a besoin et aux candidats pour financer leurs campagnes électorales, soit un bon moyen pour garder le contrôle sur le parti et sur celle qui le préside. Mais depuis décembre 2010 les choses ont changé puisque MLP possède elle aussi sa propre structure de financement intitulée Jeanne. Cette structure a un double but : d’une part faire rentrer de l’argent pour financer les activités de MLP mais aussi – et en cela MLP a bien retenu les leçons de son père – s’attacher la fidélité indéfectible des futurs candidats du Front aux élections. Ainsi, lors des élections cantonales de mars 2011, Steeve Briois a-t-il pu utiliser les fonds levés par Jeanne pour financer les tracts et les affiches de certains candidats (500 environ), ces derniers devant en contrepartie apporter leur soutien à la ligne défendue par la nouvelle présidente, soit un bon moyen de garantir la prédominance de la ligne mariniste lors du prochain congrès.

Pour gérer ce micro parti dont l’objet consiste à « définir et promouvoir les conditions d’une nouvelle offre politique, [à regrouper] toutes celles et ceux qui entendent participer au redressement de la France », Marine a mobilisé son premier cercle dans lequel les anciens du GUD sont très présents. Le mandataire financier de Jeanne est ainsi Steeve Briois, pilier du FN dans le Nord et secrétaire général du parti depuis l’accession de MLP à la présidence du FN. Le secrétaire général en est Jean-François Jalkh, secrétaire national du FN aux élections et un moment donné possible remplaçant de Louis Aliot au poste de secrétaire général du FN. Enfin la présidente de Jeanne est Florence Lagarde, une vieille amie de MLP, les deux s’étant connues à la faculté d’Assas lors de leurs études. Florence Lagarde militait alors au sein du Rassemblement des Étudiants Parisiens (REP) qui venait de succéder au GUD après son auto-dissolution. Elle était ainsi en 6ème position sur la liste du REP aux élections au CROUS en 1994. Après avoir travaillé pour le groupe de presse Lagardère Florence Lagarde pris la direction en 2008 de la société Auto Actu. Ce qui ne l’empêche pas de faire des piges pour un magazine sur lequel nous nous sommes déjà penché, nous voulons parler de Cigale, dans lequel elle relate les diverses expositions qui ont lieu à Paris. Elle y côtoie son compagnon, un certain Jildas Mahé. Arrêtons-nous d’ailleurs un instant sur cette liste dont l’itinéraire des participants est assez représentatif de ce qu’est devenu ce petit monde gudard, entre réussite professionnelle et réseau politique. En tête de liste, on trouvait Jildaz Mahé, devenu une des chevilles ouvrières de l’agence Riwal dirigée par Frédéric Chatillon. En 2ème position figurait Pierre Oldoni qui après avoir été écroué en 1995 pour violences volontaires et dégradation d’objets destinés à l’utilité publique est passé par le DPS et s’est ensuite reconverti dans le mercenariat puis la sécurité. En 3ème position on trouvait Gwénael Le Brazidec, entré par la suite à la Cour administrative d’appel de Marseille et devenu enseignant dans l’enseignement supérieur à Toulouse. Frédéric Pichon figurait en 4ème position et est devenu l’avocat pénaliste que l’on connaît tout en poursuivant son militantisme par le biais de l’association Europae Gentes et un compagnonnage idéologique avec les Identitaires. En 5ème position, on trouvait Grégoire Tingaud qui après avoir travaillé au conseil régional d’Ile-de-France dans le domaine de l’Intelligence économique est aujourd’hui un des dirigeants de la société Comes dont le directeur n’est autre que Bruno Racouchot, ancien « dircab » de Jean-Marie Le Pen. Grégoire Tingaud continue par ailleurs de s’investir dans le militantisme métapolitique par l’entremise de la fondation Polemia dirigée par Jean-Yves Le Gallou. En 8ème position, on trouvait Domitille Level qui dirige aujourd’hui un cabinet d’assurances à Bordeaux, associée à Robert Ottaviani, ancien skinhead et dirigeant du FNJ puis du MNJ, devenu très tôt un soutien affiché de MLP par le biais de Génération Le Pen puis de la Vague Bleu Marine. Enfin en 9ème position figurait Miguel Lliotter, aujourd’hui enseignant-chercheur et un temps consultant pour un maire UMP des Hauts-de-Seine.

Le trésorier de Jeanne est Olivier Duguet. Là encore un ancien du Gud qui fait partie du cercle des intimes de Chatillon. On pouvait ainsi l’apercevoir à la soirée d’anniversaire d’Axel Lousteau l’année dernière en compagnie de Chatillon, Jildas Mahé (superbe en kilt !), Jack Marchal, Romain Vincent, etc. C’est aussi un partisan de la ligne politique pro-syrienne de Chatillon, on a pu le voir défiler aux côté du Grand Fred lors de la manifestation de soutien organisée par les milieux pro-Bachar à Paris le 30 octobre dernier. Et il est associé de Chatillon dans ses affaires.

ah ! le GUD et ses casques noirs, toute une histoire !! (dr)

-Duguet, plus classique, opte lui pour la casquette blanche des pro-Bachar (dr)

A cette manif, seront présents aussi les « antisionistes » Ginette Skandrani, Edouard Klein du Gud, Yahia Gouasmi et des membres du Parti Antisionite, ou encore Jean Bricmont, toujours irréprochable quand à ces fréquentations, pas de doutes.

F. Chatillon et Ginette Hess-Skandrani (docu C+)

E. Klein, petit gudard deviendra grand ?? pas gagné ! (Independenza webtv)

-Où on reparle de la Syrie

L’association de financement Jeanne a été domiciliée avenue Victor Hugo dans le 16e arrdt de Paris. C’est en fait une adresse qui sert de domiciliation postale à plus de 200 entreprises. Parmi ces dernières on y trouve deux sociétés dont le gérant n’est autre qu’Olivier Duguet. La 1ère est une société dénommée Howell France Finance, anciennement Hades Gestion Immobilière qui était domicilié alors chez Duguet dans les Hauts-de-Seine. Au passage le capital de 10 000 euros de Hades passera à 100 000 euros pour Howell. La 2ème société a été créée en mars 2010 et s’intitule Dreamwell. Elle a pour objet les activités d’agence de publicité. L’intitulé des divers noms commerciaux utilisés par cette agence a quelque chose de familier, car outre Dreamwell, Adrowen, Obernon, Dreamwell utilise aussi les noms Taliesin, Iona et Ivaos.

Des noms déjà utilisés par une autre agence dont on a beaucoup parlé ces derniers temps. Nous voulons bien sûr parler de Riwal Communication, l’agence de Frédéric Chatillon. Rien d’étonnant à cela puisque Riwal est propriétaire à 55% de Dreamwell, les autres 45% se divisant en 15% pour Olivier Duguet et les 30% restant ayant été apporté par une certaine Nancy Walschap, de nationalité belge et demeurant dans les Yvelines. En fait Nancy Walschap est le nom de jeune fille de cette actionnaire et son lieu de résidence habituel est Damas en Syrie. De son nom marital, Nancy Walschap s’appelle Nancy Idris. Elle est la directrice manager d’un des plus gros Tour Operator de Syrie, la société Adonis Travel fondée en 1991 qui possède des bureaux en Jordanie, au Liban, au Yémen, en Lybie et à Oman.

Outre cette activité, Adonis Travel développe au travers d’une filiale, IT Syria, des activités de commerce et de finance avec encore à sa tête Nancy Idris. Les liens entre Adonis et Riwal sont d’autant plus forts que la société Adonis partage la même adresse que Riwal Syria. Elle était d’ailleurs l’agence de tourisme pour le jeu-concours du Cigale spécial Damas. Quant à son mari Ghassan Idris, vice-président d’Adonis Travel, c’est un spécialiste du tourisme depuis 1982. Adonis a fait 50% de ses activités de tourisme avec la France, d’où l’intérêt sans doute d’un relais dans l’Hexagone. Intérêt économique mais aussi intérêt politique, le tourisme ayant vocation pour le régime syrien à servir de vitrine à l’étranger comme l’indiquait le ministre du tourisme Saadalla Agha al Khallaa [2] : « Je pense que le fait d’ouvrir des bureaux de tourisme dans les principales capitales européennes et arabes va aider à la promotion de la Syrie à l’étranger ». Le ministre insistait alors sur un des aspects positifs de son pays, le côté « sécuritaire ».

Lorsque Bachar el-Assad est arrivé au pouvoir, il a été perçu par les pays occidentaux comme plus ouvert politiquement que son père et plus libéral sur le plan économique. Effectivement on a assisté au début des années 1990 à une certaine libéralisation, surtout sur le plan économique plus que politique, mais cette libéralisation s’est toutefois déroulée sous le contrôle du pouvoir. Elle a débouché sur l’émergence de grands monopoles dominés par la famille du président syrien, des proches ou des clients du régime donnant naissance à ce que l’on peut appeler le complexe militaro-mercantile, complexe dont Adonis Travel est un élément parmi d’autres. Mais cette libéralisation a eu aussi pour conséquence la ruine de toute une partie de la population syrienne, notamment paysanne, provoquant l’apparition d’une grande pauvreté. Le tourisme, là encore, va être amené à jouer un rôle interne important, celui d’une nouvelle rente salvatrice. En 2006 Ghassan Idris, le mari de Nancy Walschap, déclarait au journal The Guardian « pour le gouvernement, le tourisme est maintenant aussi important que le pétrole, cela fait partie de la stratégie nationale ». En 2009, la Syrie avait reçue 6 millions de touristes et pensait doubler leur nombre d’ici à 2012 avec à la clé la création de 2 millions d’emplois dans le secteur. Avec la révolte actuelle et ses conséquences à long terme, il est clair que ce secteur va s’effondrer, et qui dit effondrement dit moins d’argent et donc moins de contrats, d’où effectivement le soutien de Chatillon.

Mais une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, on apprenait mi-mars que le général Tlass, l’un des soutiens de Chatillon était à Paris où il prit des contacts parmi les nombreux exilés syriens. Cependant les conversations n’ont pas été fructueuses. Favorisé par plusieurs monarques du Golfe, le scénario Tlass organisant la transition risque d’être mort-né. Quant à Manaf, des rumeurs diverses ont fait état de sa mort. Mais on peut émettre plus sûrement l’hypothèse d’une perte de la confiance qu’Assad lui témoignait et il ne serait plus à la tête de la 105e brigade, étant confiné chez lui.

Heureusement qu’il reste la France pour faire des affaires !

Bien loin de la Syrie, la France est en effet en campagne. Or qui dit campagne dit matériel et frais de campagne. Comme tous les partis, le FN a du sortir un matériel spécifique [3] dont on aurait pu supposer qu’il fut fabriqué par Riwal. Mais exit Riwal. En lieu et place, une SARL, Unanime, à l’enseigne commerciale Recto Verso, lancée en janvier 2011 et un temps domiciliée rue de la Boétie (VIIIe arrdt de Paris) dans un immeuble servant d’adresse postale avant d’être transférée au 14 Place Léon Deubel (XVIe arrdt), qui est depuis longtemps le QG Vendôme Sécurité et de la SCI Papou, soit les deux sociétés dont Axel Loustau a longtemps été le propriétaire et gérant [4]. Mais ce n’est pourtant pas ce dernier qui est à l’origine directe d’Unanime puisqu’on y retrouve deux figures de la galaxie Chatillon, à savoir Sighild Blanc qui n’est plus à présenter et Thibault Nicolet, gérant de cette SARL au capital de 20 000 euros. Dans Cigale magazine n°18, consacré à la Syrie et paru début 2008, , on peut lire : « À vingt-six ans, Thibault Nicolet a quitté Londres où il était sommelier dans le prestigieux restaurant Spoon pour s’installer à Damas, où il compte ouvrir une cave à vin.« . Damas n’est décidemment que la banlieue de Paris pour certains ! Reste à voir si les résultats du 1er tour permettront à tout ce petit monde de continuer à picorer dans le gâteau…

[1] Le site est animé principalement par Pierre Robin, ancien de Troisième Voie et du GUD mais également de l’équipe de Jalons où il participait à la section « Nazisme et dialogue » avec Arnaud Soyez, sous le pseudonyme de Louis Denghien.


[2] Interview dans la revue Faits et Projets dans laquelle on trouve également une interview de Thala Khair, épouse de Manaff Tlass.

[3] Le journal de campagne de Marine Le Pen, L’esprit de la France (tirage : 10 000 exemplaires pour le n°1, 90 000 exemplaires pour le n°2, 50 000 exemplaires pour les n°3 et 4, 55 000 pour le n°5) :

[4] Le siège social de Vendôme Sécurité a été transféré à Ivry sur Seine durant l’été 2011, Axel Loustau n’étant plus l’actionnaire majoritaire ; néanmoins le numéro de téléphone de Vendôme est toujours à l’adresse de Paris dans l’annuaire ; la SCI Papou n’a pour sa part pas bougé

Voir aussi sur:
http://reflexes.samizdat.net/IMG/pdf/adonis_.pdf
http://reflexes.samizdat.net/IMG/pdf/adonis_bis.pdf
http://reflexes.samizdat.net/IMG/pdf/dreamwell1.pdf
http://reflexes.samizdat.net/spip.php?article485

Soliranparis contact nomore@riseup.net

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