A nos camarades féministes Iraniennes en, Lutte Lettre de Téhéran par le site murmures


13 juillet 2011 Par Murmures

http://murmures.noblogs.org/post/2011/07/13/lettre-de-teheran/

« […] il ne suffit pas, pour qu’un mouvement soit féministe, que de nombreuses femmes y participent«

Comme je l’avais dit dans mon précédent texte, je traduit ici un texte sur des féministes iraniennes. Le texte vient, encore une fois, de  Jadaliya

http://www.jadaliyya.com/

C’est un compte-rendu d’une discussion avec trois féministes iraniennes. La discussion est menée par Manijeh Nasrabadi, une autre féministe iranienne, membre du collectif Raha (vous pouvez voir leurs autre contribution sur jadalya

http://www.jadaliyya.com/pages/contributors/9483

. Au passage, ce collectif pointe vers de nombreuse resource sur l’iran

http://www.jadaliyya.com/pages/index/1756/essential-readings_iran

La plupart des ressources sont en anglais, mais il y a un intéressant documentaire en français sur les femme de la révolution iranniene de 1979

http://video.google.de/videoplay?docid=-6804400173158743455&hl=de

(qui s’appelle Mouvement de libération des femmes iraniennes, année zéro, en référence à  l »autre année zero

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_de_lib%C3%A9ration_des_femmes

Voilà, donc, le texte traduit. Encore une fois, toute maladresse de style dans le texte est probablement de mon fait

 

Lettre de Téhéran

Le 12 juin 2010, premier anniversaire tendu du soulèvement post-électoral qui a fait du vert le symbole international des aspirations démocratiques d’un peuple, des centaines de membres des forces spéciales de sécurité étaient coude à coude sur les grands boulevards et les grandes places de Téhéran, matraques, couteaux et radios prêts à l’usage. La foule du soir entre la place de l’Imam et la place de la Révolution dépassait néanmoins largement le nombre habituel de banlieusard-e-s rentrant du travail: familles, ami-e-s et collègues étaient en train de manifester sans pancartes ni slogans, ni aucun élément vert visible. « Mon sac était plein de ballons verts qu’on pensait, ma soeur et moi, lâcher au-dessus de la foule« , dit une femme au foyer roulant lentement, klaxonnant son opposition au gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad. « Mais quand on a vu les forces de sécurité, on a pas osé« .

Le face-à-face décrit ci-dessus révèle tout à la fois la profondeur de la dissension présente dans cette société, et la facilité avec laquelle on pourrait tirer des conclusions pessimistes sur les possibilités d’un changement positif en Iran. A ce tournant de l’histoire iranienne, quand le fossé entre le mécontentement populaire et la capacité de l’opposition à réformer menace d’engouffrer ce qui reste de la dynamique de la révolution verte, le vécu des féministes iraniennes, forcées depuis longtemps de s’organiser dans un contexte de crise et de répression, peut offrir une perspective indispensable sur le chemin à suivre pour sortir de cette impasse.

En effet, pour les féministes iraniennes, le 12 juin (le 22 de Khordad dans le calendrier iranien) fait référence à une tradition de résistance plus ancienne mais moins connue. Le 12 juin est aussi l’anniversaire d’un moment fondateur du mouvement iranien des femmes quand, il y a quatre ans, des militant-e-s qui protestaient contre les discriminations genrées sur la place Haft-e Tir de Téhéran ont été tabassé-e-s par la police. Plus de cinquante personnes ont été arrêté-e-s ce jour là, mais la Campagne du Million de Signatures a été lancée à la suite de cet événement, et cette campagne a réussi à développer un réseau de militant-e-s dans de nombreuses villes du pays malgré l’impact de la répression gouvernementale. A l’aide d’ateliers, de pétitions et de discussions sur la voie publique, mais aussi dans des lieux privés,  elle a rassemblé de plus en plus de soutien autour du changement des dix lois essentielles faisant des femmes des citoyennes de seconde zone dans la société iranienne, notamment les lois régissant le divorce, la garde des enfants et l’héritage.

Pour ce double anniversaire, j’ai parlé avec Delaram, Homa et Nahid, des militantes expérimentées de la Campagne à Téhéran, pour leur demander leurs impressions sur les années turbulentes qui venaient de s’écouler, sur les rapports entre le mouvement féministe et le mouvement vert plus global, et leurs perspectives de lutte pour l’égalité des genres dans le contexte répressif actuel. Loin d’être une entité homogène, la Campagne a été un espace de vigoureux débats sur les questions stratégiques et tactiques, notamment sur la question de la position à adopter durant les dernières élections. Chacune des femmes à qui j’ai parlé a une approche différente sur le sujet. « Nous avons subi une telle répression par le passé que ce n’était pas simple de savoir si nous devions ne serait-ce que participer aux élections de l’année dernière« , me dit Delaram, qui a passé plusieurs jours en prison après les manifestations d’il y a quatre ans. Une condamnation à deux ans et dix mois de prison ainsi qu’à dix coups de fouet, que le gouvernement peut décider de faire exécuter à tout moment, pèse toujours sur elle pour son rôle dans les manifestations contre les lois discriminatoires. Les ateliers de la Campagne ont été attaqués à de nombreuses reprises ces quatre dernières années, et certain-e-s de ses membres ont perdu leur travail ou ont été expulsé-e-s de leur école. Ce n’est qu’au soir du premier débat télévisé, pendant les élections présidentielles, quand le soutien au candidat de l’opposition Mir Hussein Moussavi s’est manifesté sous la forme de grandes manifestations de rue peuplées de jeunes portant du vert, que Delaram a réalisé que « l’atmosphère du pays avait changé« . Elle a décidé de voter pour Moussavi parce que sa victoire paraissait possible. « C’était notre révolution, comme si tous les mauvais souvenirs de ces trente dernières années disparaissaient« , conclut-elle.

La plupart des militant-e-s de la Campagne ont, au départ, soutenu Mehdi Karroubi, récoltant de nombreuses signatures au sein de ses supporters. Homa était à l’époque étudiante à l’université de Téhéran, épicentre du mouvement étudiant grandissant de l’époque, et a voté contre le régime et en faveur des nombreuses positions progressistes de Karroubi, notamment pour son soutien aux prisonniers politiques et aux droits des minorités. Nahid, une militante radicale durant la révolution de 1979, a défendu la position la plus impopulaire, le boycott complet des élections. « Je pensais qu’en votant, nous ne ferions que fournir une légitimité à ce gouvernement » , explique-t-elle.

Votantes ou non, et indépendamment de leur choix de candidat, elles ont toutes les trois ressenti le choc et la colère accompagnant les résultats supposés des urnes, rejoignant les millions de personnes qui ont refusé publiquement d’accepter ces résultats. Mais leur propre travail s’est retrouvé freiné, jusqu’à être arrêté, au fur et à mesure que les militant-e-s de la Campagne se lançaient dans la vague des « manifestations vertes ». « Les gens disaient d’oublier la collecte des signature, qu’il fallait descendre dans la rue« , se souvient Delaram. Homa rit et ajoute: « Les gens disaient: ne vous inquiétez si vous êtes condamné-e à une longue peine de prison: ce gouvernement ne tiendra pas plus de deux ans« . La Campagne risquait de devenir inaudible au milieu de personnes montrant l’exemple des manifestations massives pour dire que « Les femmes sont au centre du mouvement et les hommes les suivent. Que voulez-vous de plus ? » explique Delaram. « Mais il ne suffit pas, pour qu’un mouvement soit féministe, que de nombreuses femmes y participent« .

Nahid était particulièrement inquiète à l’idée que le mouvement féministe puisse de dissoudre dans le mouvement vert. « J’ai manifesté devant le Ministère de l’Intérieur. J’ai rendu visite aux familles de personnes arrêté-e-s. J’ai tout fait. », dit-elle en faisant référence aux manifestations post-électorales. « Mais je ne me suis pas mise à porter du vert. Je fais partie du mouvement des femmes et je n’ai vu aucun candidat considérer les droits des femmes comme autre chose qu’un détail« . Delaram fait remarquer « [qu’]avant les élections, certains des soutiens de Karroubi réclamaient que le hijab ne soit plus obligatoire. Après les élections, cette revendication a disparue » .

La tension entre de larges mobilisations au service d’idéaux universels, les voix populaires de l’été dernier en Iran demandant la liberté et la fin de la dictature, et la lutte pour la libération des femmes apparaît ici particulièrement clairement, compte tenu des rudes leçons que les féministes ont tiré de la dernière période de résistance massive, c’est-à-dire la révolution de 1979. L’été 1979, les manifestations pour les droits des femmes ont été qualifiées « d’occidentales » et ont été violemment réprimées. Au fil de la montée en puissance du mouvement vert et de son impact national, « j’avais l’impression d’être revenue trente ans en arrière« , me dit Homa. « Personne ne parlait des droits des femmes« . Afin de comprendre comment les femmes ont pu être trahies par une révolution qu’elle avaient contribué à lancer, Homa a demandé à sa mère pourquoi elle avait accepté de porter le hijab. « Elle m’a dit qu’elle et ses amies n’avaient même pas penser à le remettre en cause à l’époque« .

« C’est du vécu pour moi« , appuie Nahid. « A l’époque de la révolution, je pensais que nous nous battions pour une société sans classes, pour l’égalité totale, et que, une fois que nous aurions obtenu ça, les problèmes des femmes se résoudraient d’eux-mêmes« . Nahid a passé plusieurs mois en prison en 1981 pour son militantisme de gauche, mais elle a fallu vingt ans pour qu’elle entende prononcer le mot « féminisme » et qu’elle rejoigne le mouvement des femmes (ce qui devait la ramener cinq jours en prison à la suite des manifestations du 12 juin 2006). Elle développe: « Maintenant, mon critère pour soutenir une lutte politique a changé. Que tu te dises ‘de gauche’ ou ‘de droite’ est moins important que de savoir si tu te demandes en quoi les lois sur le divorce sont discriminatoires« .

Ce poids de l’histoire sur leurs épaules, ainsi qu’avec le poids de la vague féroce de répression du régime contre le mouvement populaire (5000 personnes ont été arrêtées dans les huit mois suivant les élections, dont 138 militant-e-s pour les droits des femmes), les membres de la Campagne luttent pour poursuivre leur travail. Deux mois après le soulèvement, une cinquantaine d’entre elleux se sont rassemblé-e-s pour discuter de leurs perspectives. « A chaque seconde, nous pensions que la sécurité pouvait arriver. Avec l’arrestation simultanée de cinquante militant-e-s à Téhéran, nous aurions perdu-e-s tout ce pour quoi nous nous sommes battu-e-s« , dit Nahid. Cette réunion fut chaotique, certain-e-s membre de la Campagne exprimant des doutes à propos du fait du collecter des signatures contre les dix lois, la raison d’être de l’organisation. « Nous avons discuté de la pertinence des pétitions dans ce contexte« , développe Delaram. « Des militant-e-s qui faisaient auparavant un travail de collecte ne se voyaient plus aller dans la rue pour parler de réforme légale. Les gens descendaient dans les rues par millions, d’autres se faisaient tuer, et nous allions dire aux gens, ‘Signe cette pétition ?’  Une pétition demandant une réforme à ce parlement, à ce gouvernement ? » Avec le risque de l’arrestation plus présent que jamais, l’idée d’essayer de convaincre des gens protestant contre le vol de leur vote que signer un papier pouvait signifier un changement quelconque était paralysante.

En septembre dernier, au moment du Jour de Jérusalem, une série de vacances officielles saisies par l’opposition comme des opportunités de manifester, Delaram et quelques autres sont venu-e-s avec leurs pancartes et leurs slogans condamnant les discriminations faites aux femmes. Les résultats ont été décevants. « On pouvait parler à des gens intéressé-e-s ou même à des gens qui étaient d’accord avec nous, mais ce n’était pas possible d’obtenir une réelle visibilité dans les rues« , décrit Delaram. Ces jours ont été la seule fois où une approche aussi publique a été possible, grâce au nombre élevé de manifestant-e-s par rapport au nombre de supporters du gouvernement, nombre qui rendait très difficile toute intervention de la police.

En parallèle, des militant-e-s de la Campagne sont arrêté-e-s et interrogé-e-s sur l’organisation du mouvement pour les droits des femmes, particulièrement celles et ceux qui participent aussi au mouvement étudiant et à la lutte des Kurdes pour les droits des minorités. Au moins trois membres de la campagne sont toujours en prison. « Nous étions dans une situation de crise, et nous le sommes toujours », explique Delaram. « Mais nous devons nous rappeller que la Campagne a aussi commencé en 2006, dans un moment où les Etats-Unis envisageaient sérieusement d’attaquer l’Iran, et où nous n’avions aucune idée de ce que nous aurions fait si ça avait dû arriver« .

J’ai demandé aux trois femmes ce qu’elle pensaient de la politique actuelle des USA vis-à-vis de l’Iran, en particulier des dernières sanctions votées par le Conseil de Sécurité de l’ONU. « Les sanctions ne feront pas tomber le gouvernement« , répond Homa, « mais elle vont rendre nos vies plus difficiles« . Elle s’arrête et elle ajoute: « Je ne cherche pas à dire que toutes les organisations américaines sont mauvaises. Le gouvernement a eu un impact négatif, mais beaucoup de progressistes ont aussi eu un impact négatif sur la société civile iranienne« .

Les trois femmes ont exprimé leurs inquiétudes sur l’attention internationale que la Campagne a reçu au cours des derniers dix-huit mois. Plus spécialement, elles ne sont pas à l’aise avec ce qu’elles appellent l’image déformée des femmes iraniennes, image prise pour acquise par les groupes féministes occidentaux, et même au-delà. Elles pensent que cette image est en partie propagée par des iranien-ne-s exilé-e-s qui vivent à l’étranger et qui publient des visions trop négatives sur la situation des femmes en Iran. « Aux Etats-Unis, il y a apparemment une sorte de fantasme sur le fait d’aider les femmes iraniennes« , précise Delaram. « Illes disent qu’illes veulent nous libérer, comme s’illes étaient libéré-e-s et que, si nous avions de la chance, nous les rattraperions un jour« . Le Campagne a été sélectionnée pour recevoir des prix qu’illes n’avaient jamais sollicité-e-s comme, par exemple en 2009, le prix Global Women’s Right de Feminist Majority, et le prix Simone de Beauvoir en France. Les militant-e-s iranien-ne-s ont décidé de refuser l’argent. Comme l’explique Nahid: « Nous sommes un mouvement de base, avec un tout petit budget, et nous sommes indépendant-e-s. Si on commence à accepter de l’argent d’untel ou d’unetelle, ça met en danger la qualité de notre travail« .

« Si des gens veulent aider en diffusant des nouvelles de nos activités à l’étranger, c’est très bien« , a répondu Delaram quand je lui ai demandé quel type de soutien pourrait être utile. « Mais les gens doivent avoir des liens avec les militant-e-s en Iran pour comprendre le contexte. Nous sommes un mouvement. Il est vrai que nous travaillons dans des conditions très difficile, mais, la question que je veux poser, c’est de savoir ce que vous faites pour le droit des femmes aux Etats-Unis ? » Elle m’a ensuite donné un exemple de ce qu’elle considérait être une solidarité productive: la réponse à l’appel des féministes iraniennes lors de la Journée Internationale des Femmes, le 8 mars 2010. A l’aide de facebook, de twitter et du site irangendereequality.com, elles ont demandé à ce que des articles, des manifestations, et d’autres évènements dans le monde utilisent le slogan « Liberté et égalité des sexes en Iran ». Des individu-e-s et des groupes d’Inde, du Pakistan, de la Malaysie, des Etats-Unis, et de quelques pays européens ont répondu. « Pour moi, le message c’est: ‘Luttons ensemble, et manifestons ensemble pour les droits des femmes, partout dans le monde‘ », précise Delaram. « Il ne s’agissait pas de pitié pour les femmes d’Iran ou d’Afghanistan ».

Peu après le 8 mars, la Campagne a tenu une nouvelle réunion où elle a décidé d’adapter sa stratégie à la réalité de la répression. « On ne peut plus aller dans les parcs pour y rassembler des signatures« , clarifie Homa. Sans possibilité de pétitionner ou de tenir des réunions publiques, illes ont décidé-e-s de se séparer en groupes plus petits et plus mobiles, s’occupant chacun d’une loi en particulier, pouvant plus facilement échapper aux arrestations. Les nouveaux et nouvelles venu-e-s peuvent rejoindre le groupe qu’ils ou elles souhaitent. L’essentiel de la communication se passe par mail, toujours moins risqué que le téléphone. Régulièrement, des militant-e-s essaieront de joindre les différents groupes pour une évaluation globale de leurs progrès.

Les militant-e-s de la Campagne ont enregistré quelques succès importants, même si ces succès restent relativement mineurs. Les signature affluent à nouveau, des ateliers se tiennent à nouveau pour la première fois depuis des mois, et de l’intérêt pour la Campagne a commencé à nouveau à se manifester. Delaram a tout récemment organisé un atelier de dix-huit personnes autour de la discrimination genrée. C’est un nombre en augmentation par rapport à ceux de ces derniers mois, et beaucoup des personnes présentes à l’atelier étaient des proches de manifestant-e-s arrêté-e-s ou tué-e-s cette année. « Les gens qui viennent maintenant aux ateliers sont beaucoup plus sérieux que celles et ceux qui venaient il y a quelques années« , me dit Delaram. « On sent qu’illes vont rester impliqué-e-s jusqu’au bout« .

Toutes ces activités peuvent sembler minuscules comparées à l’importance de l’offensive sécuritaire du gouvernement

, mais elles s’inscrivent dans le cadre d’une protestation politique constante qui continue de s’approfondir et de s’enraciner. « Les gens ne pensent plus, maintenant, qu’on vit dans un pays où personne ne veut ou ne peut rien changer« , clarifie Delaram. « Les gens pensent qu’ils sont dans une société en tension ». L’objectif de la Campagne, à ce stade, est de réussir à utiliser ce sentiment généralisé de mécontentement pour introduire la question de l’égalité des sexes dans la discussion. Pour atteindre cet objectif, les militant-e-s de la Campagne se sont lancé-e-s dans une période d’intense travail intellectuel, rédigeant, pour leur site change4equality.com

http://www.change4equality.com/

http://www.change4equality.com/english/

des articles sur l’histoire du mouvement des femmes en Iran, d’autres articles de retour critique sur leur expérience des quatre dernières années, ou d’autres encore explorant des stratégies nouvelles face à la répression. « Je suis en train d’écrire un article sur le fait que le centre de notre mouvement doit rester en Iran« , explique Homa tout en faisant la liste de tous les membres de la Campagne qui ont dû s’exiler pour des raisons de sécurité. « Je dit aussi que ce n’est pas la première fois que nous avons dû trouver de nouvelles formes pour nos activités« , continue-t’elle. « Ce changement est peut-être bien notre plus grand jusqu’ici, mais nous avons déjà vécu des moments difficiles auparavant« .

S’interrogeant sur le le travail qu’elle et d’autres ont accompli depuis le débat de la Campagne il y a quatre ans, Delaram me dit: « C’est vrai que nous n’avons pas obtenu un million de signature, nous en avons même beaucoup moins. Mais nous avons parlé à des millions de gens. Tou-te-s ne sont pas d’accord avec nous, mais beaucoup commencent à comprendre que ces lois [discriminatoires envers les femmes] ne servent pas leur intérêts« . Les trois militantes sont fières du fait que la Campagne ai survécu à plusieurs épreuves clés (l’emprisonnement ou l’exil de plusieurs membres important-e-s, les propositions financières de la part de groupes féministes occidentaux, les débats internes et les hésitations) et fonctionne toujours. Tout cela en ayant perdu la possibilité d’agir publiquement, et en étant obligé-e-s d’utiliser à nouveau, comme au début de la Campagne, sur le bouche-à-oreille et les liens interpersonnels. « C’est Homa qui m’a parlé de la Campagne pour la première fois« , se souvient Nahid. « Je n’ai jamais manqué une réunion par la suite« .

Tandis que la tension du 12 juin se dissipe, la perspective défendue par Delaram, Homa et Nahid, celle d’un travail pédagogique lent et méticuleux, de collection de signatures tout en ayant en vue des changements politiques et sociaux de long terme, pourrait permettre au mouvement des femmes de survivre et peut-être même d’approfondir son influence dans la société, malgré le contexte difficile. « La Campagne est partie de zéro, donc si nous en sommes à cinq, c’est un progrès« , conclut Homa, avant d’ajouter: « Nous voulons continuer à visibiliser les problèmes des femmes au sein de la population. Je pense aux générations futures » .

 http://murmures.noblogs.org/
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